Thierry Bedossa, sur quoi repose votre projet pour la SPA, en tant que chef de la liste Action SPA ? 

Thierry Bedossa : Tout repose sur l’évaluation des besoins tels qu’ils sont définis par chacune des composantes membres de la SPA : refuges, dispensaires, adhérents. Nous consulterons des adhérents sur le même mode que le Grand Débat sur ce qu’ils identifient comme des besoins et actions prioritaires. Idem dans les refuges : nous entamerons des discussions avec les responsables, salariés et bénévoles pour déterminer ce qu’ils évaluent comme leurs besoins les plus urgents en termes de :

  • Prise en charge médicale et comportementale des animaux,
  • D’aménagements des refuges, 
  • D’alimentation des animaux hébergés
  • De besoins de formation pour le personnel

A cela s’ajoute une réflexion sur les dispensaires de la SPA : nous demanderons au personnel des dispensaires ce qu’ils évaluent prioritaire : plus de formation sur des problématiques médicales ? Définir de meilleures conditions d’accueil pour les animaux ? Elargir leur offre de soins ? 

Outre la consultation des salariés, bénévoles et adhérents de la SPA, quelles sont vos propres priorités ? 

  • Augmenter significativement le nombre de familles d’accueil et leur donner les moyens d’être mieux formées pour accueillir des animaux, et d’être aidées financièrement et techniquement dans l’accueil des animaux. Ceci afin d’accueillir un nombre de chats et de chiens plus important en les faisant le moins souffrir possible de la promiscuité et de l’hébergement en collectivité.
  • Développer l’offre de soins
  • Associer la SPA à toutes les actions contre les cruautés infligées aux animaux, notamment via une augmentation de son activité digitale et un développement de ses partenariats avec les associations soeurs.
  • Eviter les euthanasies non justifiées médicalement. Seul un état de souffrance liée à une pathologie organique en phase terminale justifie l’euthanasie. En 25 ans de carrière, je n’ai jamais euthanasié d’animaux pour un autre motif, et ce, grâce à l’existence du refuge AVA que j’ai fondé. En 2019, la SPA ne plus plus se permettre une gestion comptable des animaux.

Quelle est votre position face aux actes de cruauté commis sur des animaux et comment comptez-vous les combattre ? 

Je suis, de manière évidente, contre les cruautés infligées aux animaux. Je suis autant contre la corrida que contre tous les systèmes d’élevage industriel, d’abattage centralisé ou l’expérimentation animale. 

A mes yeux, le moyen le plus efficace de combat contre les cruautés faites aux animaux est l’information : il est nécessaire d’informer le plus grand nombre sur l’intelligence et la sensibilité des animaux. Plus la société sera consciente de cette intelligence et de cette sensibilité, moins elle acceptera les cruautés qui leur sont infligées. Je crois, hélas, bien plus en l’information qu’aux lois ; la preuve : il y a toujours autant de cruauté alors que le statut juridique de l’animal a évolué…

Êtes-vous favorable à la création d’un permis de détention pour les propriétaires d’animaux ? 

Je suis favorable à la responsabilisation des propriétaires d’animaux (chiens, chats, NAC, oiseaux, chevaux…). Les animaux sont des êtres intelligents et sensibles qui souffrent tout autant que nous. La dépression existe chez toutes les espèces captives, qui n’ont pas une vie conforme à leurs besoins et ne peuvent exprimer leurs comportements normaux. Pour responsabiliser les propriétaires, on pourrait donc imaginer des formations obligatoires, préalables à la détention des animaux. Ces formations seraient à la charge des futurs acquéreurs, à des prix abordables, par exemple via des Mooc. 

Selon vous, faut-il interdire aux animaleries de vendre des animaux ? 

A mes yeux, le problème n’est pas celui des animaleries, mais celui lié au fait qu’il est de plus en plus en difficile aujourd’hui d’adopter un des chiots et des chatons non issus d’élevages. On restreint de plus en plus la liberté des gens qui aiment les animaux, d’adopter un chiot ou un chaton en dehors des élevages. Or, dans de nombreux élevages, les chiots et les chatons vivent dans des conditions de promiscuité qui sont au moins comparables à celles des animaleries. Donc la problématique n’est pas d’être contre les animaleries, mais d’être contre la concentration des animaux. Il faut continuer de laisser la liberté aux gens d’acquérir un chiot ou un chaton de race s’ils le souhaitent, mais aussi celle d’adopter un chiot ou un chaton qui n’est pas forcément né de deux parents captifs auxquels on a imposé une sélection artificielle très intense. Je suis favorable à ce qu’on laisse les particuliers avoir des portées de manière responsable et après avoir suivi des formations obligatoires. 

Comment permettre aux personnes qui ont peu de ressources de faire soigner leur animal ?

Il faut ouvrir davantage de dispensaires. Ce n’est pas normal que les propriétaires n’aient pas la possibilité, s’ils n’en ont pas les moyens, de faire soigner leurs animaux. Ne faut-il pas proposer à un nombre plus important de vétérinaires d’accorder des tarifs privilégiés aux personnes qui en ont besoin ? Ne faut-il pas proposer un partenariat avec la profession ? 

La SPA devrait évaluer la pertinence des dossiers de prise en charge en dispensaire pour éviter les procédures et protocoles injustifiés, exactement comme le font les compagnies d’assurance. Les refuges SPA dépensent énormément d’argent en frais vétérinaires. Il faut réévaluer de manière critique les politiques de vaccination, de traitements antiparasitaires internes et externes, dans le but d’améliorer la qualité des soins vétérinaires et de faire une gestion beaucoup plus raisonnée du recours aux médicaments. 

Quelle est votre politique en matière de contrôle des populations canines et félines ? 

Le contrôle des populations canines et félines est une nécessité en termes de protection animale mais les moyens pour y arriver doivent être raisonnés et évalués au regard des dernières avancées scientifiques. La lutte contre la surpopulation féline notamment est un impératif, mais pas en induisant d’autres risques sanitaires ni en affaiblissant les populations de chats libres qui sont relâchés (la science a prouvé que la stérilisation pouvait avoir des effets délétères sur la santé physique et psychique des chiens et chats), et doivent continuer à survivre dans la nature après l’intervention.

Je ne préconise donc pas l’arrêt de la stérilisation mais un changement de méthode, pour le respect de la santé, du bien-être et du comportement des animaux au regard des nouvelles données scientifiques. Il s’agit de raisonner de raisonner la stérilisation chirurgicale classique au niveau individuel en prenant en compte les données relatives à chaque individu (race, âge, antécédents médicaux…).

Néanmoins, cela est difficilement faisable en pratique à grande échelle, sur des populations hébergées en refuge et sur les chats libres notamment. C’est pourquoi je recommande de privilégier la vasectomie chez les mâles et le retrait d’un seul ovaire chez la femelle ou la ligature des cornes utérines (équivalent de la ligature des trompes de Fallope chez la femme). Ces interventions n’interfèrent pas avec le comportement des animaux et n’ont pas d’impact sur leur métabolisme mais conservent les mêmes effets positifs en termes de contrôle des populations puisqu’elles empêchent les naissances. 

Par ailleurs les campagnes de stérilisation des populations de chats libres telles qu’elles ont été entreprises depuis des dizaines d’années ont montré leurs limites, les effets n’étant pas à la hauteur des objectifs attendus. Elles ne contribuent qu’à rendre les chats dépendants du nourrissage humain.

Il s’agit aujourd’hui d’avoir un regard averti sur les méthodes utilisées pour le contrôle des populations dans l’intérêt des animaux que nous avons à cœur de défendre et protéger.

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